Un petit bilan

20 08 2011

Si la baisse du nombre des licenciés a été enrayée en 2010, le renouvellement annuel de 20% des effectifs des aéro-clubs constitue un problème endémique depuis plusieurs années. La Fédération française aéronautique a-t-elle les moyens de faire face à ce phénomène ?

Depuis des années, un chiffre revient obstinément dans les bilans d’activité successifs de la Fédération française aéronautique. Il s’agit évidemment de celui du nombre de pilotes privés qui ne renouvellent pas leur adhésion à leur aéro-club. En 2010, cela concerne 8.448 pilotes. Dans le même temps, les associations ont accueilli 8.374 nouveaux membres. Entre les départs et les arrivées, la somme est quasiment nulle : -74 soit moins de 0,2% des effectifs totaux (40.113 licencies en 2010).

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Les pilotes privés, licenciés FFA, ont totalisé 558.730 heures de vol en 2010
Photo : © Gil Roy / Aerobuzz

Le fait que les entrants équilibrent plus ou moins totalement les sortants atténue la perception du problème, mais n’est évidemment pas une satisfaction. Au niveau fédéral où les chiffres sont épluchés et analysés, le problème est évidemment connu et pose question. Les 8.448 pilotes qui ont quitté leurs aéro-clubs en 2010 (ils étaient 9.237 en 2009) ont a priori renoncé au lourd investissement (temps et argent) qu’ils ont consenti pour se former et maintenir à jour leurs licences et qualifications pendant quelques années.

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La flotte des aéro-clubs français se compose d’environ 2.400 dont 1.980 en propriété propre.
Photo : © Thida Tat / Aerobuzz

Avant d’envisager des moyens de les retenir, il paraît judicieux d’identifier les raisons de ces abandons. Une partie des non renouvellements d’adhésion est liée à l’âge des pratiquants. Pour Pierre Podeur, secrétaire général de la FFA, « la courbe de l’âge des licenciés, très caractéristiques de la population de nos aéro-clubs explique en partie le turn over ». Cette courbe montre en effet un pic entre 17 et 20 ans qui est le résultat de la politique fédérale tournée vers les jeunes, avec notamment le BIA (brevet d’initiation aéronautique). Ce pic est suivi d’un creux entre 20 et 33 ans. C’est le temps des études supérieures, de l’entrée dans la vie professionnelle et de la création d’une famille. « Une fois bien installés dans leur vie sociale et professionnelle, ils commencent à revenir à l’aviation à partir de 33 ans, souvent plus tard vers 37 ou 38 ans. La courbe atteint son pic vers la soixantaine du fait du fort recrutement à la fin des années 80. L’âge le plus représenté est 62 ans  ». La FFA a enregistré son nombre record de licencié en 1991 à près de 53.000.

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La FFA a recensé 4.260 pilotes de moins de 21 ans en 2010
Photo : © Martin Roy / Aerobuzz

A cette explication démographique et sociétale du turn over peut s’ajouter l’évasion vers d’autres formes d’aviation comme l’ULM. Celle-ci n’est pas chiffrée. La FFA fait toutefois remarquer qu’en faisant la somme de ses licenciés avec ceux de la FFPLUM, on retombe sur des chiffres comparables à ceux des années 90.

Au-delà de ces deux raisons (démographie et concurrence de l’ULM), il faut bien admettre que, passées la période dense de la formation et l’euphorie des premières saisons en tant que pilote privé à part entière, la motivation décline rapidement si le pilote ne voyage pas et si le club manque d’ambiance. Quand le seul objectif d’une saison n’est plus que le quota limite d’heures de vol pour renouveler sa licence, l’abandon est proche…

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62 ans est l’âge le plus représenté parmi les pilotes privés licenciés de la FFA
Photo : © Gil Roy / Aerobuzz

L’une des voies proposées lors de la dernière assemblée générale de la FFA, le 26 mars 2011 à Biarritz, est la relance des sports aériens. Loïc Logeais, directeur technique national, a annoncé que la fédération avait un budget de 250.000 euros sur trois ans, pour relancer les activités sportives. Il s’agit d’inciter un plus grand nombre de pilotes à venir à la voltige, mais aussi au rallye ou au pilotage de précision. C’est un début… Pour le DTN, il est indispensable aussi de plus communiquer en interne.

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Les avions en composite représentent à peine 8% du parc des aéro-clubs
Photo : © Gil Roy / Aerobuzz

Il y a à ce niveau un déficit important. La communication est naturellement tournée vers l’extérieur et elle donne des résultats. L’accueil de 8 à 9.000 nouveaux membres chaque année en est une preuve. On remarquera aussi que le spot de publicité qui a été diffusé l’année dernière et qui le sera à nouveau cette année, renvoie aux membres des aéro-clubs une image positive d’eux-mêmes. Même si ce n’est pas la vocation de cette campagne, elle constitue une amorce de communication interne et on peut légitiment penser que ces spots ont pu différer l’abandon chez certains d’une saison ou deux.

Dans le cas des aéro-clubs et de leurs membres, la communication interne, ce n’est pas seulement des messages à vocation publicitaire, c’est aussi de l’animation. Le succès du Top Flying Tour Etoile FFA est la preuve de cette attente.

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Les aéro-clubs comptaient 40.113 licenciés en 2010
Photo : © Martin Roy / Aerobuzz

La tentation est de penser que si les aéro-clubs parvenaient à retenir une partie de ces 8 à 9.000 pilotes, ils pourraient augmenter de manière conséquente leurs effectifs, sachant que dans le même temps, ils enregistrent 8 à 9.000 nouvelles adhésions. Si le chiffre de 20% de non renouvellement d’adhésion est énorme, celui de 20% de nouveaux membres l’est tout autant. Il signifie que l’aviation de loisir continue à faire rêver une partie de la population et que les aéro-clubs sont perçus comme le moyen de concrétiser une envie latente. Peut-être faudrait-il mieux soigner l’accueil au sein des clubs et cela, ce n’est pas l’affaire de la seule FFA. L’accueil, mais aussi l’animation, concerne avant tout les adhérents tout autant que les dirigeants des aéro-clubs… et les élus fédéraux. C’est le fondement même de l’association et cette notion résiste de plus en plus difficilement face à l’individualisme montant. C’est un véritable phénomène de société qui dépasse largement le cadre des seuls aérordomes.

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L’aéro-club de demain devra intégrer les nouvelles aspirations de ses membres… et les contraintes de tout type.
Photo : © Gil Roy / Aerobuzz

D’ici la fin de l’année, la FFA veut proposer un symposium sur le thème de « l’aéroclub de demain » pour entamer une réflexion collective sur « les évolutions souhaitées ou contraintes  », qui attendent les aéro-clubs. L’idée est séduisante, reste maintenant à la concrétiser de manière à ce que cette initiative débouche sur du solide.

Gil Roy

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